est une revue associative et bénévole. Elle ne peut subsister et se développer qu'avec votre précieux soutien.
Revue de cinéma critique et décoloniale, EMITAÏ a deux objectifs : prendre la mesure de la colonialité intrinsèque du cinéma occidental, qui a été et continue d’être façonné par des formes, des structures et des dynamiques coloniales ; mettre en lumière un cinéma, souvent mal considéré, qui participe à constituer des imaginaires, des esthétiques et des regards décoloniaux. Cette optique duale, à laquelle s’ajoute une attention portée autant à l’histoire qu'à l’actualité du cinéma, répond au double ancrage de la revue et de ses membres, dont les attachements pluriels se trouvent à la fois ici et ailleurs.
Structure associative, indépendante et bénévole, qui ne pourra subsister et se développer qu’avec votre précieux soutien, EMITAÏ se compose d’auteur·ices concerné·es et engagé·es venu·es de la critique, du journalisme, de la recherche, de la programmation et de la création. Nous revendiquons l’exercice d’une critique décoloniale située, politique et subjective, fondée sur la sensibilité de nos regards et forgée par nos parcours respectifs. Développer une telle approche de la critique exige selon nous d'adopter une pensée complexe, vivante et multidirectionnelle, inspirée de la théorie critique comme de l’analyse esthétique, capable de mobiliser des problématiques culturelles, historiques, plastiques, pratiques et techniques.
La conception d’une critique de cinéma décoloniale s’inscrit plus largement dans la perspective d’un décentrement fondamental dans notre rapport aux films. Ousmane Sembène, auquel nous souhaitons rendre hommage à travers le nom de la revue, qui reprend le titre de l’un de ses films emblématiques1, le rappelait en 1970 lors d’une interview restée célèbre, tirée de Caméra d’Afrique de Férid Boughedir : il n’est pas voué, en tant que cinéaste africain, à suivre le soleil européen à la manière d’un tournesol – il est lui-même le soleil. Dans cette optique, une part importante de notre travail sera d’œuvrer à changer le canon euro-centré de la culture filmique, en désacralisant les titres sans cesse commentés, les cinéastes sans cesse célébré·es et toutes ces images qui monopolisent le haut des classements cinéphiles et les colonnes de la critique française. Il sera donc question de modifier ce canon, mais aussi une partie des règles du jeu, en interrogeant la façon dont la critique se fait aujourd'hui, avec ses automatismes, ses biais de lecture et ses angles morts, jusqu’à questionner nos propres regards, pétris d’une culture coloniale dont il s’agit de se défaire.
Notre collectif s’inscrit dans une volonté partagée de faire bouger les lignes d’une critique de cinéma française majoritairement blanche et masculine, matrice dont nous cherchons aussi à nous extraire en créant cet espace dédié à l’exploration de questions sensibles et complexes. À terme, EMITAÏ se destine également à accueillir des contributions et des collaborations extérieures ainsi qu'à devenir en partie une plateforme en faveur de discours alternatifs sur le cinéma. Par notre travail éditorial et nos différentes publications, nous désirons lutter à notre échelle et avec nos outils contre la progression du fascisme en Occident et plus spécifiquement en France, en commençant par rappeler qu'il ne s’agit que de l’un des symptômes les plus visibles de la perpétuation d'un paradigme colonial, oppressif et multi-séculaire, au service du capitalisme mondial.
Le temps des colonies n'a pas pris fin. Ce constat est à la base des pensées et des luttes décoloniales matérialistes qui invitent à se battre, par tous les moyens nécessaires (y compris ceux de la critique), en faveur d'un objectif commun : la décolonisation ici et partout ailleurs.