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Quatrième Ẅ Xool Festival

Quatrième Ẅ Xool Festival

4 novembre 2026

Le 26 septembre 2026 à Aubervilliers s’est déroulée la quatrième édition du ciné-festival Ẅ Xool, qui fêtait pour l’occasion les six ans de la création de son collectif. Retour sur une journée fleuve.


La quatrième édition du Ẅ Xool Festival est la seconde édition à laquelle j’assiste en tant que spectatrice, après l’édition précédente de 2024, mais c’est la première que je couvre en tant que journaliste. « Ẅ Xool » qui se prononce en phonétique [wou-rol] vient de « Ẅ », qui évoque le regard en langue bantou et de « Xool », qui signifie « féminin » en wolof. Ce ciné-festival, qui met en valeur le format du court-métrage, est porté bénévolement par un collectif composé d’Adé Mpundu, Marina Monmirel, Feriel Gaye, Laurence Meyer et Estelle Ndjop Pom, et fonctionne sans subventions publiques. Il fait le choix géographique assumé d’un ancrage social et politique dans le département de la Seine-Saint-Denis et d’une billetterie aux tarifs accessibles. Localisé au sein des Laboratoires d’Aubervilliers, le temps d’une journée compacte où les spectateur·ices déambulent entre plusieurs espaces pour visionner des courts-métrages, se restaurer et discuter entre les projections dans un espace tout choisi pour faire communauté. Autour de ce projet de lieu afro-féministe autonome, dédié à la pluralité des expériences féminines noires, on retrouve deux missions. La première est de faire émerger et de mettre en valeur de jeunes créatrices et réalisatrices d’aujourd’hui. La seconde est de travailler les enjeux de matrimoine, en mettant en lumière les réalisatrices et artistes invisibilisées d’hier et en questionnant les pratiques de diffusion, de préservation, de transmission et de restauration des films.

Comme lors des éditions précédentes, les salles de cinéma étaient baptisées de noms cinématographiques symboliques. Ainsi, après les salles Dyana Gaye (réalisatrice franco-sénégalaise) et Sara Gómez (réalisatrice cubaine) en 2024, cette année on pouvait voguer entre un femmage à la cinéaste haïtienne Gessica Généus (Freda, Marie Madeleine) et à la cinéaste afro-américaine Julie Dash, dont l’importance formelle et narrative de son unique long-métrage, Daughter of the Dust – qui met en scène un trio de femmes et suit histoire d'une famille noire avant sa migration dans le nord des États-Unis, racontée par une petite fille qui n'est pas encore née –, est encore trop peu discutée. Entre ces deux figures tutélaires, le parcours était riche entre fictions, documentaires, films d’animation et films expérimentaux. Le matin, en salle Julie Dash, je découvrais six court-métrages et huit réalisateur·ices. La banlieue parisienne a durant cette édition inspiré de nombreux récits d’émancipation à l’image du Départ de Hatouma Diagouraga et Oussen Armando, de Prépare tes mains d’Estelle Desydol ou encore du nouveau film de Johanna Makabi, Happy Meal, où l’excellent Salif Cissé brillait malgré son rôle de père auteur de violences intrafamiliales. Chez Cloé Gamiette, il était question de documenter l’intime et de retrouver sa Guadeloupe au son d’une rivière dans Alors, j’ai chanté. Salomé Moindjie-Gallet, quant à elle, suivait le parcours migratoire empêché d’un jeune boxeur comorien dans Ni Kayé, alors que Deicy Sanches proposait un ambitieux et sublime documentaire traitant de l’héritage de la question coloniale au Cap-Vert, avec Le Pic d’Antonio nous a-t-il libéré du diable blanc ?

Le Pic d’Antonio nous a-t-il libéré du diable blanc ? (2025)

Les projections de l’après-midi n’étaient pas en reste avec huit court-métrages et réalisatrices. En salle Gessica Généus, les dialogues mère-fille étaient majoritaires, qu’ils s’articulent à rebours comme dans Lanmé d’Allyson Félicité, où la réalisatrice retrace le parcours migratoire des femmes de sa famille martiniquaise, qu’ils constituent des espaces de discussions intimes comme dans L’Amour de ma mère de Dalila De Siadjeu, portrait délicat de la découverte de l’identité queer d’une fille par sa mère, ou qu’ils soient encore des interstices de transmission comme dans Le Pouvoir des mères de Cikacé Lestine, dans lequel mère et fille conjurent la vision coloniale d’un carnet de voyage écrit par un Blanc avec beaucoup d’humour et des danses vaudoues béninoises. La transmission cette fois-ci culinaire était au centre du pétillant film d’animation de Cléane Ambry, Sous le ciel bleu de la Guadeloupe, porté par la voix réconfortante de Firmine Richard, mais aussi de La Soupe d’Aissatou Bailly, où la réalisatrice posait la question politique de la qualité de la nourriture et de son accès dans les quartiers populaires.

Intrinsèquement liée à la transmission, l’acte et le travail de mémoire s'invitait lui aussi dans les films, de Where My Memory Began de Priscilia Kounkpu Hoveyda où, à travers le réalisme magique et l’effondrement symbolique d’un cotonnier quatre fois centenaire, l’une des aînées du village fait appel à ses souvenirs pour conter des histoires perdues, jusqu’à Alberta’s Room, par la réalisatrice Victoire Karera Kampire, rendant femmage à Alberta Gay, mère du célèbre musicien Marvin Gaye qui fut assassinée par son mari sous les yeux de son fils. Des souvenirs y sont prêtés à cette femme dans un noir et blanc acéré, à l’intérieur d’une chambre imaginaire d’Ostende où entre photos, objets et création d’un discours intérieur, la cinéaste redonne de l’agentivité à cette victime de violences conjugales. Kandakas d’Eden Elisa, qui bouclait cette programmation, documente quant à lui les vécus d’Enas et Iman, deux femmes soudanaises aux trajectoires liées par l’instabilité politique de leurs pays respectifs. L’une est née en France après que ses parents aient fui le Soudan, tandis que l’autre est une réfugiée de guerre exilée en Égypte. Partant de la guerre actuelle au Soudan, la réalisatrice pose sa caméra dans leurs intimités et brosse un portrait croisé percutant, où s’alignent leurs réflexions autour de l’exil et le rapport complexe qu’elles ont vis-à-vis de leurs origines et de la manière dont elles tentent de construire leurs identités respectives.

Après un interlude salvateur de batucada par le collectif militant lesbo trans féministe, Raízes Arrechas, il était temps de se réunir une dernière fois pour Elsie Haas, femme peintre, cinéaste d’Haïti, portrait réalisé en 1985 par la cinéaste Safi Faye. Deux figures d’artistes et de cinéastes qui par leur existences, leurs gestes créatifs et leurs travaux respectifs influencent les angles de réflexions qu’ouvraient un échange final autour d’un travail collectif de mémoire. Intitulée « Six ans de Ẅ Xool : raconter, transmettre, construire », la conversation a commencé par une re-disposition de l’espace en salle Julie Dash. L’unilatéralité de la salle de cinéma est en effet propice à la passation de connaissances d’un·e sachant·e à un public d’apprenant·es, mais elle n’est pas indiquée pour un échange interactif qui explose les codes hiérarchiques. Le public était invité à créer un espace circulaire pour mieux faire naviguer la parole de chacun·es. Dans ce cercle, le collectif est revenu sur sa création, les connexions communes qui ont formé sa formidable équipe, ses engagements et sa mission de mise en valeur de cinéastes et créatrices africaines, afro-descendantes et/ou issues de l’immigration. Le temps d’un échange enregistré pour les archives du projet, les festivalier·es et l’équipe du Ẅ Xool ont ainsi pu se rencontrer, parfois confronter leurs visions militantes et cinématographiques respectives, mais surtout iels ont pu créer un chantier d’idées et un tissu disparate néanmoins complémentaire d’héritages et de vécus qui les accompagnent encore, bien après la fermeture des portes.

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